Apprentissage : aujourd’hui se joue le CFA de demain

La période actuelle de mouvements sociaux amplifie la morosité socio-économique de cette fin d’année : nos artisans et commerces de centre-ville subissent de plein fouet des pertes de chiffre d’affaires, les achats de fêtes de fin d’année se transforment en achats en ligne dématérialisant le lien social au préjudice des territoires, de leur savoir-faire et de leur attractivité. Ce qui se joue aussi, c’est le sens de la valeur travail, du sens que nous voulons donner à l’acte de consommation. Attention, quelle image véhiculons-nous à nos jeunes, prêts à entrer dans la vie active, à s’investir dans la voie de la formation professionnelle et dans un emploi artisanal ?

Toutefois, dans ce climat anxiogène pour l’artisanat, il y en a une actualité positive à retenir : le nombre d’apprentis en France n’a jamais été aussi important.

L’artisanat a « enfin » le vent en poupe et les jeunes vont de plus en plus nombreux taper aux portes de nos 112 CFA pour s’épanouir dans leur passion, ou trouver une solution d’excellence vers l’emploi pérenne et l’insertion sociale.

Ainsi, nos centres de formation ont enregistré une hausse de plus de 3 % de leur effectif depuis la dernière rentrée scolaire, confirmant notre place de premier formateur d’apprentis de France avec 100 000 jeunes accompagnés chaque année. Une place méritée, une place qui saura être maintenue dans un contexte de réforme et d’ouverture à la concurrence. Nous y sommes prêts.

Nous aurions pu craindre la réforme “Pour la liberté de choisir son avenir professionnel”, qui d’un point de vue financier, instaure un passage historique au 1er janvier d’un mode de financement régional des CFA vers les OPCO. Cette révolution copernicienne instaure plus d’équité entre tous les territoires et tous les apprenants. Ce n’est ni une insécurité ni une peur pour l’avenir. Elle nous oblige aussi à nous mettre en position de leader de la formation en France, grâce à la reconnaissance de nos formations, aux outils et aux innovations développées dans tous nos centres, qu’ils soient en milieu rural ou urbain. Là est notre force. Nous devons le faire savoir plus fort. Pour que l’apprentissage continue sa progression, les CFA maintiendront une présence au plus près des entreprises et des apprentis, dans tous les territoires et particulièrement les territoires ruraux. Que feront les nouveaux opérateurs privés de la formation de leur côté ? Choisiront-ils de maintenir un lien social et de proximité ou privilégieront-ils leurs seuls intérêts financiers ?

Les CFA de demain comme ceux d’aujourd’hui, ont toujours dans leur ADN cette mission de service public. La réforme nous a « challengés ». Trouvant ainsi, grâce à la mobilisation de tous nos directeurs de CFA, les fondations d’une offre plus flexible, plus innovante, avec de nouveaux services en direction des professionnels, soucieux de se former tout au long de leur vie. Nous nous sommes aussi battus et nous saurons toujours nous battre. Rappelons l’histoire : 350 millions d’euros environ promis par l’Etat, un feu vert accordé par le Président de la République grâce à la mobilisation de tout notre réseau des CMA, pour éviter la concurrence déloyale qui aurait prévalu pendant cette période de transition avec les nouveaux opérateurs privés de la formation.

Le CFA de demain est prêt, c’est celui de l’apprentissage du vivre ensemble et du plein emploi. Nous sommes tous responsables de sa réussite, élus, acteurs socio-économiques, chefs d’entreprises, enseignants. Nous devons maintenir le cap et ne pas sombrer dans le contexte de morosité actuelle. Les CFA sont bien vivants et le seront encore demain et après-demain ; ils participeront encore longtemps à l’attractivité et au dynamisme de nos territoires.

Bernard Stalter
Président de CMA France