D’Erasmus à Notre Dame, en cette journée de l’Europe, CMA France souhaite apporter sa pierre à l’édifice

Le terrible incendie qui a partiellement ravagé Notre-Dame de Paris a ému la France entière et suscité stupeur et désolation. Cette cathédrale livrée aux flammes a touché notre inconscient collectif, quelque chose enfoui au plus profond de nous.

Les réactions européennes et internationales qui ont suivi l’incendie de la cathédrale le démontrent. Notre-Dame est un symbole quiva bien au-delà des frontières de l’Hexagone.

Passé le temps de la sidération et de la peine voici maintenant venu celui de la reconstruction. Et il nous appartient aujourd’hui sur les décombres du passé, de rebâtir cette cathédrale devenue aussi fragile qu’exceptionnelle.

Derrière le drame il nous faut entrevoir l’opportunité. D’aucuns parleraient de Kaïros, saisir le temps de l’occasion opportune, celle de participer à une œuvre aussi unique qu’historique.

Relever ce défi, c’est participer à la préservation de notre héritage. Et cet héritage est double. Il s’agit d’abord d’un héritage patrimonial national avec le projet de reconstruction de la cathédrale, mais il s’agit aussi et surtout pour ce qui nous concerne d’un héritage plus symbolique encore puisqu’il concerne la transmission et la sauvegarde de nos savoir-faire millénaires et de nos métiers.

Alors que certaines voix s’élevaient il y a peu contre le risque d’être confronté à un manque de main d’œuvre qualifiée en France, il est de notre responsabilité pour que le chantier puisse débuter dans les plus brefs délaisde former dès la rentrée de septembre plusieurs centaines de tailleurs de pierre, de couvreurs, de charpentiers, de facteurs d’orgue, de marbriers, de maçons spécialisés dans la restauration du patrimoine.

Participer à la reconstruction de Notre-Dame c’est ainsi perpétuer la pratique de métiers centenaires mais aussi renouer avec la tradition de ces chantiers-écoles qui permettent la formation de la prochaine génération de bâtisseurs.

Le prestige de ce chantier constitue une opportunité inédite d’améliorer durablement l’image de métiers manuels encore trop souvent vus par les familles, les jeunes et les conseillers d’orientation comme des voies de garage.

Ces métiers doivent profiter de cet élan de la reconstruction pour retrouver la reconnaissance d’excellence dont ils bénéficiaient au XIIIe siècle lorsque la cathédrale a été bâtie.

C’est pourquoi nous plaidons aujourd’hui pour la création d’un lieu d’information et de sensibilisation à ces métiers situé à proximité immédiate de la cathédrale et animé par des formateurs, des maîtres d’apprentissage, pour rendre à l’apprentissage ses lettres de noblesse et contribuer à en faire une filière d’excellence.

Mais ce n’est pas tout, car Notre-Dame peut être aussi le moyen de nous réconcilier ou du moins de renouer avec l’Europe en créant un Erasmus des bâtisseurs.

Il y a 69 ans, le 9 mai, Robert Schuman prononçait une déclaration qui allait donner naissance à la Communauté Européenne du Charbon et de l’Acier.  Selon ses propos : « l’Europe ne se fera pas d’un coup ni dans une construction d’ensemble : elle se fera par des réalisations concrètes créant d’abord une solidarité de fait ».

A l’heure où l’Europe souffre de cette image technocratique et lointaine, coupée de la réalité et de ses concitoyens, il est impératif d’opérer un changement de paradigme, de revenir aux fondamentaux qui animaient les pères fondateurs. L’Europe doit réussir à transformer son image. Eloignée, elle doit devenir proche ; technocratique, elle doit devenir concrète.

Si le programme Erasmus, du nom du célèbre moine qui a voyagé de nombreuses années sur le vieux continent, ne peut être l’Apha et l’Omega de la construction Européenne, il a au moins le mérite de la rendre concrète, proche et accessible.

Les chambres de métiers et de l’artisanat, qui ont acquis depuis plusieurs années une véritable expertise en matière de mobilité européenne des apprentis dans le cadre d’Erasmus, proposent que ce chantier devienne un lieu de formation unique en son genre,  le premier CFA Européen où les apprentis de tous les pays d’Europe viendraient acquérir un savoir-faire et partager le leur.

Bernard Stalter
Président de CMA France
Vice-président de SME United