Laissez-nous entreprendre et réussir !

Voilà trois mois que la France vit au rythme des manifestations, des blocages et des dégradations.

Trois mois que certains de nos concitoyens crient leur colère et les réalités d’un quotidien trop dur.

Ceux qui avaient un temps rejoint les ronds-points sont les victimes collatérales d’un mouvement qui menace leur activité.

Cette voix, celle des fins de mois difficiles, de l’avenir incertain, pour soi ou pour ses proches, se caractérise par une méfiance accrue à l’encontre d’une société à laquelle ils ne croient plus et dans laquelle ils ne trouvent plus une digne place.

Le grand débat national redonne la parole à la France des oubliés. Cette France des territoires parfois qualifiée de périphérique, des villes et des villages et de ceux qui les font vivre, au premier rang desquels les artisans et les agriculteurs. Cette France avec laquelle, à force de s’éloigner de nos racines, le lien de confiance est au bord de se rompre.

Sur les ronds-points, dans les réunions des grands débats, artisans et agriculteurs s’expriment. Je suis frappé par le nombre de points de convergence. Dans quelques jours s’ouvrira le salon de l’agriculture. J’y serai. Je sais déjà que la parole des agriculteurs me ramènera à celle des artisans.

Que nous disent-ils ? Ils nous parlent des normes et des charges qui les étouffent, les empêchent d’entreprendre, de se payer correctement. On cite des aberrations : l’interdiction faite à un apprenti agriculteur de conduire un tracteur, l’obligation faite à un carrossier d’isoler son atelier avec un dispositif acoustique digne d’une salle de spectacle, l’empêchement fait à un apprenti boulanger de commencer son travail avant 7h00…

On nous parle du monde d’Ubu artisan ou d’Ubu agriculteur.

Comment peut-on organiser l’économie du pays autour du seul modèle des entreprises du CAC 40 ? Artisans et agriculteurs sont le socle de cette économie réelle : celle des territoires. N’oublions pas que 98,8 % des entreprises européennes sont des TPE-PME.

Cette Europe-là, elle inquiète, alors qu’elle pourrait rimer avec Erasmus, financement de l’agriculture, aménagement de nos villes et de nos bourgs, innovation technologique et économique…

On nous parle de ces retraites misérables, alors que nos artisans et nos agriculteurs se lèvent tôt pour nous nourrir, nous habiller, nous transporter, prendre soin de nous.

On nous parle des difficultés à transmettre des savoir-faire pourtant reconnus dans le monde entier. Des difficultés à trouver des repreneurs alors que près de 2 millions de jeunes sont « sortis des écrans radars ».

Ce que l’on entend aussi, quand la parole s’apaise parce que la difficulté a été dite, c’est ce que nous partageons, artisans et agriculteurs : le savoir-faire, la passion et l’engagement. Le made in France. L’amour de nos territoires et du travail bien fait.

L’envie d’entreprendre, de transmettre et de réussir. Ce que l’on entend c’est l’énergie, la volonté. Nous ne demandons qu’une chose : qu’on nous laisse vivre. Laissons nos artisans et nos agriculteurs travailler, innover, former, recruter, exporter… réussir !

Libérons ! Simplifions ! Redonnons du souffle !

De quelle France voulons-nous ? Une France des droits et des devoirs ? Une France qui défend et protège ? Une France des réussites communes ?

Ces questions sont cruciales. Cette France qui porte en elle les clés de notre réussite n’attend qu’un signal : de la réponse dépendra notre avenir.

S’il n’y avait qu’une chose à retenir, c’est qu’il y a une France qui s’acharne et qui s’échine !

Bernard Stalter
Président CMA France

 

Tribune publiée dans Ouest-France le 23 février 2019