Ne nous privons pas des corps intermédiaires. Notre démocratie en a plus que jamais besoin !

Après la deuxième journée de mobilisation des « gilets jaunes », Bernard Stalter, président de l’Assemblée permanente des chambres de métiers et de l’artisanat, réaffirme le rôle essentiel des corps intermédiaires dans le dialogue avec les pouvoirs publics et pour une démocratie apaisée.

« Les Français sont en colère. Certains de nos concitoyens se sentent délaissés et incompris.  Il est évident que, dans leur grande majorité, les françaises et les français qui manifestent en ce moment, partout dans le pays, notamment dans les zones rurales ou peu denses, ne sont bien évidemment pas contre la transition écologique et pas contre le redressement économique de la France. Beaucoup d’entre eux utilisent leurs voitures pour aller travailler, accéder aux loisirs, aux commerces et aux services publics.

Dans ces territoires, c’est le paradoxe permanent : des services publics de proximité qui ferment, des commerces qui s’éloignent des centres-villes, un accès aux soins de plus en plus distant de leur lieu de vie, des gares et des dessertes ferroviaires qui ferment, et, maintenant, des taxes supplémentaires lorsqu’ils utilisent la voiture.

Le danger de cette montée des inquiétudes est réel.

J’ai déjà pris la parole pour témoigner des difficultés des artisans qui sont aussi des victimes de la hausse du Gasoil. Nombre d’entre eux utilisent leur véhicule pour travailler et n’ont pas d’autres choix. Avec des pelleteuses, des équipements, des utilitaires qui ne fonctionnent qu’au gasoil sans équivalent électrique. Je ne compte plus les chefs d’entreprise artisanales qui voient leurs frais s’envoler. Certains vont renoncer à aller à la rencontre de leurs clients âgés du fait de ces surcoûts. J’ai fait des propositions pour accompagner la transition, et apporter des aménagements pour aider dans cette situation. Elles sont, pour le moment, restées ‘lettre morte’.

Dans ces moments de doute et de troubles, notre démocratie a besoin de tous ses relais d’opinion : associations, syndicats, chambres consulaires, ordres professionnel, collectivités territoriales souvent décriés mais qui apaisent car ce sont des interlocuteurs crédibles, portant une voix reconnue, travaillant sur des solutions et pas uniquement portés par la colère.

De tout temps, les « corps intermédiaires », dont les chambres de métiers et de l’artisanat  font partie, ont joué ce rôle de lien et d’intermédiaire permanent entre les pouvoirs publics et la vie réelle des territoires. De tout temps, ces femmes et ces hommes qui constituent ces corps intermédiaires ont aidé au consensus, à la négociation, à la recherche de la position médiane ou aux solutions. Ils ont permis de filtrer les colères.

A ceux qui disent que les corps intermédiaires sont les causes de l’immobilisme, qu’il faut les affaiblir en asséchant leurs ressources, je leur réponds qu’ils sont les relais indispensables au dialogue apaisé dans notre société et dans notre pays.

Le réseau des Chambres de métiers et de l’artisanat, ce sont 2 500 artisans élus, professionnels de leurs métiers, experts de leur secteur, ancrés dans la réalité des territoires et dans leur vie quotidienne.

La France, pour se moderniser, pour rester compétitive, pour libérer l’énergie d’entreprendre doit en effet engager de fortes mutations.

Les chambres des métiers et de l’artisanat sont engagées à se transformer pour répondre aux enjeux de demain, en étant plus performantes et en accompagnant plus fortement les artisans. Comme toutes les institutions, le réseau des chambres de Métiers et de l’Artisanat doit évoluer, se transformer mais il doit le faire ni au détriment des moyens de l’accompagnement des entreprises artisanales, ni de la mise en œuvre de la réforme de l’apprentissage afin de porter le développement de notre filière qui est au cœur de l’économie des territoires.

A l’heure où on aurait besoin de tous ces corps intermédiaires forts, il ne faut pas les affaiblir. »