[Tribune] L’artisanat, moteur d’une Europe démocratique et sociale

Que seraient nos villes, nos quartiers, nos centres-bourgs, nos villages de montagne, d’outre-mer… sans boulanger, boucher, plombier, chauffagiste, électricien, cordonnier, ambulancier, coiffeur… ? A quoi ressembleraient nos territoires sans les artisans qui les font vivre au quotidien ?

Qualité, proximité, conseil, convivialité, ruraux et citadins sont attachés à l’artisanat, à ses services essentiels à la population, à ses entreprises, à ses métiers entre tradition et innovation et à ses valeurs.

Filière économique à fort potentiel de croissance et de recrutement, l’artisanat offre des perspectives professionnelles pour des jeunes en recherche d’une carrière ou des moins jeunes qui souhaitent se reconvertir. En cela, il est une réponse au problème de chômage que connaissent la France et l’Europe. Véritable vivier de métiers qualifiés, il est également porteur d’avenir pour des jeunes ayant la volonté de devenir chef d’entreprise. L’artisanat de proximité permet une capacité d’attractivité, d’accueil et de fixation de la population soutenue par la création d’emplois non délocalisables accessibles à tous par le biais de la formation en apprentissage : une chance pour des jeunes souhaitant demeurer dans leur territoire d’origine.

Acteur de la vie locale, l’artisanat, par son poids économique et sa contribution quotidienne à rendre les bassins de vie chaleureux et dynamiques, est un vecteur d’équilibre de nos territoires.

Les enjeux de revitalisation de nos communes passent par le développement de l’activité commerciale et artisanale. C’est d’ailleurs pour cela que le réseau des chambres de métiers et de l’artisanat -CMA- se mobilise dans le plan Action cœur de ville engagé par le gouvernement. Fort de son maillage territorial et d’une connaissance fine des besoins des entreprises, notamment en termes de recrutement tous secteurs et tous métiers confondus, le réseau des CMA est en hyper-proximité avec les réalités des territoires.

L’artisanat et les petites entreprises sont la trame du tissu économique et social de l’Union européenne. Parmi toutes les entreprises européennes, 98,8 % comptent moins de cinquante salariés et 93 % comptent moins de dix salariés. Les petites entreprises emploient la moitié de la main d’œuvre européenne et produisent environ 40 % de la valeur ajoutée. Les petites et moyennes entreprises et l’artisanat représentent 23 millions d’entreprises et emploient plus de 80 millions de personnes.

Les entreprises artisanales, pour l’essentiel de petites et moyennes entreprises, produisent pour l’économie et la société une valeur ajoutée qui doit être pensée dans un monde en pleine mutation et dont il faut revoir les frontières. Le « Think small First » du Small Business act européen nous engage à voir la petite et moyenne entreprise comme le moteur du dynamisme économique de l’Europe.

L’année prochaine, l’Europe devra se prononcer pour sa gouvernance. Les futurs députés européens devront avoir en tête la nécessité d’accompagner les entreprises artisanales dans les défis auxquels elles sont confrontées : transition numérique, innovation, concurrence, détachement des travailleurs, mobilité…

Ne résumons pas le Small Business Act à une approche uniquement économique. Ce serait réducteur. Car les enjeux vont très largement au-delà. Il est indispensable que l’Union européenne reconnaisse la force économique et sociétale de l’artisanat comme le moteur d’une Europe démocratique et sociale.

Alors que l’on entend les inquiétudes d’une France éloignée des centres qui se sent délaissée, et dont la défiance fait le lit des populismes, nous devons prendre pleinement la mesure de l’impact de l’artisanat dans un développement équilibré à la fois de nos territoires et de l’Union européenne.

Trouver un travail dans le village où l’on est né, discuter avec sa voisine âgée chez le boulanger, créer son entreprise et y employer des jeunes de son quartier, reprendre le dernier garage du canton, se faire l’ambassadeur de l’excellence à la française, exporter un savoir-faire unanimement reconnu, transmettre le geste et la passion à des apprentis futurs chefs d’entreprise… c’est vivre bien dans nos territoires. C’est faire renaître la confiance, base d’une expression démocratique apaisée.

Revenons aux fondamentaux qui animaient les pères de l’Europe : faisons de la prospérité le socle d’une Europe unie. Make Europe great again !

Bernard Stalter
Président de l’APCMA
Vice-président de l’Union européenne de l’artisanat et des petites et moyennes entreprises (UEAPME)