La valorisation de l’apprentissage passe aussi par Erasmus

Erasmus

Cette année célèbre les trente ans d’Erasmus. Ce programme d’échange a permis à plus de trois millions d’étudiants européens, dont près de 615.000 Français, de passer un semestre ou un an d’études dans une université européenne. Sur ces 615.000 jeunes, seulement 25.000 d’entre eux étaient apprentis, ces derniers partant majoritairement pour des séjours courts de deux à quatre semaines.

L’apprentissage est une formidable solution pour lutter contre le chômage. Je regrette les positions dévalorisantes, péjoratives, de certains à son sujet : il serait un «problème» que des enfants brillants peuvent éviter. Je le regrette car cela nous prive de talents, de savoir-faire d’excellence et d’une précieuse contribution à notre économie. Il y a de jeunes bacheliers sans affectation alors même que l’artisanat peine à recruter. Je le regrette d’autant plus que nos voisins allemands, autrichiens ou hollandais encouragent l’apprentissage et observent chez eux un taux de chômage des moins élevé.

Nous devons opérer un changement dans la manière de voir l’apprentissage enferré dans des préjugés négatifs qui le cantonnent à une voie de garage. Il est largement temps de lui rendre ses lettres de noblesse : pourquoi opposer et dissocier l’intelligence conceptuelle et l’intelligence manuelle ? L’intelligence de l’esprit et celle du geste ?

Des obstacles à lever

Notre monde est en pleine mutation. Il nous faut revoir notre schéma d’enseignement et de formation. Les exemples, de plus en plus nombreux, de cadres se tournant vers une poursuite de carrière dans l’artisanat nous encouragent à penser différemment et à réconcilier les différents parcours de formation.

Il nous faut également revoir les frontières du monde du travail qui n’est plus forcément dans sa ville, dans son département, dans sa région, ni même dans son pays. Nous devons aujourd’hui penser l’emploi à l’échelle européenne.

Il est temps de donner à la mobilité européenne des apprentis toutes ses chances. Pour cela il nous faut lever les obstacles juridiques et pédagogiques afin de favoriser la mobilité longue durée des apprentis c’est à dire la possibilité d’être en immersion totale, culturelle, linguistique, professionnelle, pendant six mois ou un an.

La mobilité est un échange : une transmission d’un savoir-faire, d’une gestuelle et d’une culture. Quoi de mieux qu’un apprentissage en Finlande pour qu’un mécanicien automobile acquière de nouveaux savoir-faire adaptés aux conditions climatiques difficiles? Quoi de mieux, pour un apprenti pâtissier autrichien habitué à la Sachertorte viennoise, que d’observer le savoir-faire d’un jeune Français réalisant une tarte tatin ?

Rêve européen

Nous avons entendu le discours d’Emmanuel Macron sur l’Europe à la Sorbonne, annonçant que l’objectif du gouvernement est de porter le nombre d’apprentis en mobilité à 15.000 d’ici 2022, soit le double du nombre actuel. Cet objectif, c’est aussi le nôtre. Chaque année, dans nos centres de formation des apprentis (CFA), nous formons 100.000 apprentis. 2.000 effectuent une mobilité européenne.

On dit que les voyages forment la jeunesse. Je dirais que les voyages forment aussi l’apprenti. Apprendre son métier en voyageant en Europe, c’est construire un parcours personnel, un parcours professionnel mais aussi être acteur de la construction de l’identité européenne. Erasmus est à la croisée des chemins.

Rêvons. Rêvons d’une Europe où les apprentis seraient citoyens acteurs et bâtisseurs. Rêvons d’une Europe qui redonnerait du souffle et un cap à de jeunes talents. Des jeunes qui donneraient eux–même du souffle à une Europe trop souvent mise à mal.

Bernard Stalter
Président de l’Assemblée permanente des chambres de métiers et de l’artisanat (APCMA)

Tribune publiée dans Le Cercle des Echos le 9 novembre 2017