Discours à l’attention de Bruno Le Maire, ministre de l’économie et des finances

Discours du Président Bernard Stalter à l’attention de Bruno Le Maire, ministre de l’économie et des finances – 27 juin 2017
(seule le prononcé fait foi)

 

Monsieur le Ministre, Cher Bruno,

Mesdames et messieurs les représentants de l’Etat,

Mesdames, Messieurs les partenaires,

Mesdames, Messieurs les élus des Chambres des métiers et de l’artisanat, mes chers collègues,

Mesdames, Messieurs les secrétaires généraux et les collaborateurs du réseau,

Cher Bruno le Maire, Monsieur le Ministre,

Merci de nous faire l’honneur d’être parmi nous aujourd’hui.

Votre présence ici, pour cette séance officielle de notre Assemblée générale, témoigne de tout l’intérêt que portent le Gouvernement et le Président de la République, Emmanuel Macron, à la cause artisanale.

Certains pourraient s’émouvoir finalement de ne pas avoir de Secrétariat dédié à l’artisanat.

A titre personnel, je préfère avoir des interlocuteurs clairs, dont les responsabilités sont claires, dont les pouvoirs sont clairs et dont la capacité à porter de vraies réformes est évidente.

Et puis Monsieur le Ministre, s’il vous arrivait à penser que vous manquez d’expertise artisanale à vos côtés, n’oubliez pas que nous tous, ici, sommes un établissement administratif de l’Etat. Je vous invite donc volontiers à nous considérer comme votre secrétariat d’Etat à l’artisanat !

 

En tout cas, en vous ayant comme interlocuteur du gouvernement, Monsieur le Ministre, je pense que nous sommes servis. Bien servis.

A tel point que je pense que tous les astres sont aujourd’hui alignés pour que nous puissions, avec le Gouvernement, définir ensemble pour les prochaines années la feuille de route du réseau des Chambres de métiers et de l’artisanat.

Vous et nous, Monsieur le Ministre partageons en effet les mêmes objectifs :

  • avancer, pour aider nos entreprises artisanales à se développer, à grandir,
  • avancer, pour que, chaque jour, les entreprises artisanales trouvent les réponses à toutes leurs questions, en passant par la porte d’une Chambre des métiers et de l’artisanat,
  • avancer pour que nous puissions, rapidement, redevenir, parce que nous sommes compétents, les interlocuteurs naturels des entreprises artisanales.

 

Rien de mieux, Monsieur le Ministre, que de nous faire l’honneur de votre présence, aujourd’hui dans la Maison de l’artisanat, pour mobiliser, dans cette ambition, l’ensemble des Présidents du réseau.

Votre présence, avec nous, est aussi, je l’espère, la preuve du souci de l’Etat de garder ce lien efficace, ce lien performant avec notre corps consulaire.

Les Assemblées générales du réseau des Chambres de métiers et de l’artisanat, demeurent des moments importants pour la vie de notre réseau.

Ce sont des moments où les orientations se décident.

Et en ce moment précis, de nombreux choix, fondamentaux pour l’avenir du réseau et pour la qualité de notre service aux entreprises, doivent être réalisés.

Nous avons tous pleinement envie de nous inscrire dans ce mouvement de réforme qui semble s’installer dans notre pays.

Vous avez ici devant vous, plus de 50% de nouveaux élus, issus des élections consulaires d’octobre dernier.

Nous nous sommes renouvelés fortement, nous nous sommes rajeunis, nous nous sommes féminisés.

J’en profite d’ailleurs pour saluer, pour remercier une nouvelle fois les plus jeunes d’entre nous qui ont accepté de donner de leur temps pour les autres.

Je rends aussi un hommage tout particulier aux femmes qui ont accepté de s’investir à nos côtés.

Je dirai même que nous avons un peu anticipé l’aspiration des électeurs qui, ces derniers jours, ont eux aussi exprimé un souhait de renouvellement de l’offre politique.

En notre sein, parmi les élus qui sont devant vous aujourd’hui, les équilibres politiques ont aussi changé et nous travaillons aujourd’hui, merci chers collègues, en bonne intelligence.

Nous travaillons dans un esprit constructif, dans une démarche de co-construction de notre programme de mandature.

Cet exercice nous l’avons entamé ensemble en janvier dernier. Nous sommes prêts à  nous engager sur un programme ambitieux, un programme innovant, un programme fort pour les cinq prochaines années.

Mais j’irai plus loin, Monsieur le Ministre : je peux vous dire que vous avez devant vous un réseau qui est prêt à répondre aux défis que vous lui lancerez.

 

Nous sommes prêts à relever, mais aussi à assumer les défis qui se présentent à nous.

Le pays tout entier doit trouver les solutions pour lutter contre ce fléau qui met plus de cinq millions de personnes au chômage.

Le pays tout entier doit savoir se réinventer pour s’adapter aux mutations économiques, aux mutations sociétales, aux mutations digitales de notre époque.

Le pays tout entier doit être capable de prendre sa part d’autocritique, pour pouvoir participer à la relance de la Maison France et de redonner à notre économie nationale la dynamique dont elle a besoin.

En cela, le réseau des Chambres de métiers et de l’artisanat veut répondre présent pour contribuer à cette relance collective du pays.

Nous ne serons pas un réseau qui cherchera à s’opposer par peur de se réinventer.

Nous ne serons pas un réseau qui cherchera d’abord à préserver les postures, les positions de principe.

Vous avez devant vous des élus, des artisans, qui comprennent que nous sommes dans un momentum unique : c’est maintenant que notre pays doit se réformer.

Vous savez, Monsieur le Ministre, les chefs d’entreprises artisanales sont des gens responsables.

On dit souvent qu’ils gèrent leurs entreprises en bons pères de famille (maintenant aussi : en bonne mère de famille !). C’est vrai !

Nous avons tous, depuis le début de notre parcours, le souci de la préservation de ce qui nous réunis :

  • nous sommes des artisans,
  • nous sommes des chefs d’entreprises artisanales,
  • nous avons créé ou repris des entreprises,
  • nous avons formé et nous formons encore énormément de jeunes,
  • nous participons à l’équilibre de nos territoires qu’ils soient urbains ou ruraux,
  • nous sommes, quelque part aussi, le visage de la France de tous les jours.

Mais, nous avons également le souci de nous inscrire dans ce mouvement que vous représentez : si nous voulons réussir pour la France, réussir pour nos entreprises artisanales, nous devons vous montrer, Monsieur le Ministre, que nous sommes capables de nous mettre à la hauteur des défis de notre pays.

Vous le savez, l’artisanat est un secteur qui compte. C’est tout simplement, toujours et encore, la « Première entreprise de France ».

Il s’agit là bien plus qu’un slogan publicitaire.

C’est une réalité, les chiffres sont parlants :

  • 1/3 des entreprises sont artisanales,
  • 40% des PME de plus de dix salariés sont dans l’artisanat,
  • 37% des apprentis sont formés par l’artisanat,
  • 80% des diplômés de niveau IV trouvent un emploi à la sortie de leur formation. Une fois sur deux cela se conclue même dans l’entreprise qui les a formés,
  • Nous représentons 10% du PIB
  • Enfin, même si je pourrais poursuivre bien davantage encore l’inventaire de ce que nous représentons, nos entreprises génèrent un chiffre d’affaire annuel de 300 milliards d’euros.

Pendant la séquence politique qui vient de s’achever, nous avons souhaité sensibiliser d’abord les candidats à la présidentielle.

Puis nous avons interpelé l’ensemble des candidats aux législatives, pour leur expliquer l’enjeu de l’artisanat, pour leur expliquer le rôle des Chambres de métiers. Pour leur démontrer que, par notre action auprès des entreprises artisanales, nous sommes un maillon essentiel de la production de la richesse nationale.

Dans tous les territoires, nos élus, merci chers collègues, ont souhaité porter devant celles et ceux qui prétendaient représenter la nation au Parlement, 21 propositions, au service de l’artisanat du 21è siècle.

Ces propositions sont très concrètes, Monsieur le Ministre. Ce sont des solutions pour aider au développement des entreprises artisanales.

Je ne sais pas si vous avez pu en prendre connaissance.

 

Je me permettrai de vous en remettre un exemplaire tout à l’heure, très solennellement.

Car je crois, qu’avec mes collègues ici présents, nous avons par ce document fait la démonstration de notre volonté de nous inscrire dans ce mouvement de réforme que vous portez.

Pour cela, nous faisons et nous porterons ces propositions d’actions concrètes.

Nous avons compris le message envoyé par Emmanuel Macron, avec lequel j’ai eu l’occasion de beaucoup travailler. Ce message sera nécessairement celui du Gouvernement qui l’accompagne et l’Assemblée qui désormais le soutient dans son projet.

Vous nous dites « Prenez-vous en mains », « Réformez-vous », « Proposez des idées nouvelles ».

C’est ce que nous allons faire !

Nous allons vous demander, Monsieur le Ministre, de nous laisser avancer à l’échelle de notre mandature pour porter plusieurs chantiers majeurs, des chantiers de rénovation de notre réseau.

Nous allons travailler pour former plus vite, pour former plus efficacement, celles et ceux qui font le choix de l’apprentissage.

Au travers d’un chantier, ambitieux, de modularisation de notre parcours de formation, nous allons créer les conditions pour que nos jeunes, ainsi que les publics en formation continue, trouvent des moyens d’apprendre vite et bien nos métiers.

J’insiste sur le « bien » car personne ne pourra m’enlever l’idée que nous avons tous à gagner à exiger des qualifications suffisantes, ces qualifications nécessaires  pour exercer un métier artisanal : il en va de la cohérence globale de notre secteur. Il en va aussi de sa pérennité, de sa performance.

Nous allons réfléchir à l’adaptation de notre système de formation aux nouveaux enjeux: nous savons pertinemment que l’enseignement en présentiel ne doit pas être l’unique moyen de former nos publics.

Nous engageons donc une réflexion de fond pour voir comment la formation à distance pourra être un plus dans notre dispositif de formation.

Nous nous interrogerons et nous interrogerons l’Etat sur la place de nos Centres d’aide à la décision qui sont des lieux où doit se rallumer la flamme de l’orientation vers nos métiers, vers notre secteur.

C’est :

en travaillant mieux avec l’Education nationale, en bonne intelligence,

en travaillant mieux avec les Régions, en toute complémentarité,

que nous saurons repositionner la filière de formation aux métiers de l’artisanat comme une filière d’avenir, une filière d’excellence.

Je me permets d’attirer votre attention Monsieur le Ministre sur l’urgence dans laquelle se trouve les entreprises artisanales pour trouver du personnel qualifié afin d’accompagner le processus de relance de notre économie française.

Je souhaite, à cet instant, saluer le travail des collaborateurs du réseau des Chambres des métiers et de l’artisanat qui, sans conteste, sont les experts de tous les sujets qui touchent, de près ou de loin, à la vie de notre secteur.

 

Monsieur le Ministre, si vous avez devant vous des élus prêts à s’engager, vous pouvez être sûr que les collaborateurs du réseau le sont tout autant pour porter haut et fort nos couleurs.

Nous allons également travailler la performance de nos services aux entreprises artisanales. Notre socle global doit être remis au goût du jour. Il doit s’adapter aux enjeux nouveaux des entreprises, aux attentes nouvelles de nos partenaires, aux attentes aussi des collectivités territoriales.

Nous allons nous poser la question de la place du numérique dans notre façon de rendre service aux entreprises artisanales. Nous ne sommes pas aveugles. Nous avons bien compris que nous devons, nous aussi, comme l’Etat, nous poser la question de la « plateformisation » de nos services et de notre relation client.

Enfin, Monsieur le Ministre, nous souhaitons reprendre en mains notre image. Certes, le Fonds National de Promotion et de Communication de l’Artisanat, le FNPCA, est une structure dont la mission est de contribuer à la valorisation de l’image de l’artisanat. Mais nous ne pouvons pas nous en contenter. Nous devons aussi reprendre en mains notre façon de parler aux entreprises artisanales. Nous devons leur rappeler que les onze mille collaborateurs du réseau des Chambres des métiers et de l’artisanat sont à leur service tous les jours, dans tous les départements de France.

Vaste programme ? Non, forte ambition !

Pour cela, Monsieur le Ministre,  nous avons besoin d’un contrat stable avec vous et avec le Gouvernement. Nous avons besoin de passer un marché.

Nous avons besoin que les ponctions récurrentes sur nos ressources cessent !

Ainsi, depuis 2013, une partie des taxes prélevées sur les artisans fait l’objet d’un prélèvement qui rejoint le budget général de l’Etat.

Je pense – je crois que je ne suis pas le seul dans cette Assemblée ! – que ce prélèvement est injuste :

  • car le réseau des CMA ne coûte pas cher au regard de l’importance des missions assumées au service des artisans, de l’emploi et de la formation
  • seulement 243 M€ de taxes reversées par an, pour un budget global annuel du réseau des CMA de 820 M€

Je vous invite à comparer avec d’autres structures publiques.

Je pense que ce prélèvement est injuste car le réseau a déjà fait d’énormes efforts de gestion:

  • un coût de fonctions support inférieur à 10% des dépenses totales,
  • un statut du personnel qui encadre strictement les salaires, avec un blocage de la valeur du point d’indice de rémunération depuis 2010,

Sur ce sujet, nous devrons d’ailleurs trouver le moyen d’encourager les progressions de carrière dans le réseau.

Le blocage ne peut pas continuer !

  • une adaptation du réseau des CMA à treize régions administratives, dès mars 2016.

Je pense que ce prélèvement est injuste car le niveau de référence du plafonnement a été établi en 2014 sur une erreur :

lors des débats sur le projet de loi de finances, les Parlementaires ont adopté un plafond de ressources fiscales à 245 M€, correspondant à un écrêtement voulu de 3 M€, sur la base d’une hypothèse de ressources de 248 M€.

Or, en cette année 2014, les ressources fiscales du réseau des CMA ont été en réalité de 265 M€.

Ce qui fait qu’au final, nous avons été écrêtés de près de 20 millions d’euros !

Nous avons besoin que vous nous fassiez confiance, que l’Etat nous réaffecte les produits de la taxe qui nous permettront d’avancer, vite et bien, vers la modernisation que nous souhaitons tous.

Parlons-nous franchement Monsieur le Ministre.

L’artisanat, c’est moderne.

L’artisanat, c’est innovant,

L’artisanat, c’est le socle de notre économie,

L’artisanat, c’est le socle de nos territoires.

L’artisanat, ce sont des emplois non délocalisables qui seront le ressort de la reprise de notre économie.

Faites-nous confiance, dans les prochains mois, nous serons là pour faire entendre nos propositions et nos solutions :

  • nous pourrons vous apporter notre vision du sujet quand vous et vos collègues du gouvernement traiterez de la réforme du code du travail. Code qui peut aussi nous concerner notamment pour les contrats de nos apprentis ;
  • nous pourrons vous aiguiller quand votre Gouvernement abordera la réforme de la formation professionnelle ;
  • nous serons apporteurs de solutions quand vous nous réinterrogerez sur la nécessité de maintenir des qualifications sérieuses et précises pour entrer dans l’artisanat ;
  • nous serons apporteurs de solutions pour toute autre réforme que vous souhaiterez proposer au Pays. Nous saurons vous présenter la vision que nous proposons pour l’artisanat.

Là encore, faites-nous confiance.

Nous serons là, comme des partenaires, c’est-à-dire à l’écoute de votre ambition mais aussi soucieux que l’on respecte ce pour quoi nous agissons tous les jours, le développement des entreprises artisanales françaises.

Je vous propose, Monsieur le Ministre, que nous commencions nos quinquennats respectifs avec une volonté partagée de mettre toutes les chances, toutes les initiatives, toutes les idées au service du renouveau de notre Pays.

Ayez confiance dans les entreprises artisanales, ayez confiance dans le réseau des Chambres de métiers, ayez confiance dans ses élus et ses collaborateurs.

J’ai coutume de dire, je demande pardon à mes collègues qui l’entendent souvent : partout où il y a une volonté, il y a un chemin.

La volonté, les Présidents de Chambres de Métiers, l’ont !

Traçons ce chemin ensemble Monsieur le Ministre !

Soyez assuré, que nous serons, à vos côtés, ce secrétariat d’Etat à l’artisanat, que nous serons avec vous pour défendre, valoriser, et porter nos entreprises artisanales vers la réussite.

Je vous remercie.

 

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