Ecoutez les artisans !

L’artisanat est la réponse la plus efficace au double clivage, territorial et social, qui s’est exprimé dans les urnes.

Oui, dimanche dernier, un certain nombre d’artisans ont exprimé un vote protestataire. Certains s’émeuvent, la plupart m’interpellent. Pour nos 1,3 million de patrons-artisans et nos 3 millions d’emplois, jamais l’instabilité juridique, sociale et fiscale, l’inflation de normes tant françaises qu’européennes et la concurrence déloyale n’ont été si fortes.

J’invite ceux qui nous montrent du doigt à remplir un formulaire de compte pénibilité. Je les invite à tenter de rivaliser budgétairement avec une entreprise faisant appel à des salariés détachés non soumise aux mêmes prélèvements que nous. Je les invite, enfin, à faire travailler un apprenti de moins de 18 ans qui, du fait de son âge, ne pourra pas effectuer certaines tâches relevant pourtant de sa formation et correspondant au besoin de celui qui en est responsable.

Qu’ils viennent remplir avec nous le formulaire de dérogation auprès de l’Inspection du Travail autorisant un apprenti de moins de 18 ans à utiliser certaines machines ! Qu’ils viennent, enfin, avec nous attendrir nos banquiers qui ne nous passent pas les trous de trésorerie engendrés par les retards de paiement ou l’augmentation des charges.

« Nous sommes l’économie des territoires »

Cette situation est d’autant plus absurde que nous sommes la réponse la plus directement efficace au double clivage qui s’est exprimé dans les urnes ce dimanche : un clivage territorial, un clivage social. L’artisanat est un outil d’aménagement du territoire, irriguant notre France quand les grandes entreprises se concentrent chaque jour davantage sur les métropoles.

Nous sommes l’économie de nos territoires, de nos quartiers, nous sommes l’économie de proximité, nous maintenons la vie dans nos régions. L’artisanat est un outil d’insertion, formant chaque année plus de 180.000 apprentis dont 80% sont recrutés en fin de période de formation.

Nous sommes parfois un recours mais surtout une passion pour les jeunes, auxquels nous proposons plus de 250 métiers. L’artisanat est le lieu de l’ascenseur social où les salariés peuvent reprendre l’entreprise de leur patron ou créer leur propre structure. L’artisanat est enfin vecteur de croissance, représentant 300 milliards de chiffres d’affaires. Nous sommes lieu d’innovation, d’excellence, de savoir-faire.

Stabilité et choc de simplification

Alors, ce cri de colère que je comprends, quel gâchis et, en même temps, quelle opportunité. Je forme le voeu qu’il soit entendu par le prochain chef de l’État, avec lequel nous sommes prêts à travailler main dans la main. La complexité est dans le camp de ceux qui, au fil des ans, ont entravé nos activités : les solutions sont simples, leur efficacité assurée, elles ont été insuffisamment portées dans cette campagne qui s’achève.

« Donnez-nous enfin la reconnaissance que nous méritons »

Assurez-nous la stabilité réglementaire, fiscale et sociale, faites enfin ce grand choc de simplification qu’on nous promet depuis des années, élaborez un vrai plan pour promouvoir et simplifier l’apprentissage, établissez une proportionnalité dans les baisses de charges afin que nous puissions être attractifs pour la main-d’oeuvre qualifiée, réduisez la fracture numérique dans nos territoires, acceptez la séparation entre patrimoine professionnel et personnel quel que soit le statut, donnez-nous enfin la reconnaissance que nous méritons.

Nous ne demandons pas la lune, en fait, nous demandons uniquement qu’on favorise le travail. J’assure le chef de l’État qui sera élu le 7 mai que les Chambres des Métiers et de l’Artisanat sont disposées à travailler avec lui sur l’aménagement du territoire, l’accompagnement des entreprises, la formation et l’apprentissage. Parce que la réponse au vote du 23 avril, à la fracture sociale et territoriale qui divise notre pays, c’est l’artisanat !

Bernard Stalter
Président de l’assemblée permanente des chambres de métiers et de l’artisanat

Tribune publiée dans Les Echos le 2 mai 2017